Les Biais cognitifs – illusion d’optique

Différence entre croyances et observations

Les biais cognitifs sont des illusions qui trompent notre cerveau. C’est une perception tronquée que nous avons sur les choses, les personnes et les événements.

Les biais cognitifs faussent nos jugements de manière prévisible et reproductible.

Ces perceptions sont influencées par nos croyances acquises à travers notre cadre de référence qui est constitué de notre éducation, de notre formation, de nos expériences et de notre culture.

Depuis notre enfance jusqu’à l’âge adulte et tout au long de notre vie on acquière des croyances qui nous ont été inculquées puis que l’on a développé personnellement en fonction de nos valeurs et notre façon de voir le monde.

Exemple : Sur cette photo vous pouvez admirer un superbe lac avec des plages au pied de collines.

Sauf que ce n’est pas un lac mais un mur éclairé qui avec l’effet d’optique donne l’impression que c’est un lac.

Nous prenons comme repère nos critères de sélection pour interpréter les situations et les personnes.

Les biais cognitifs sont nombreux. Il en existe plus de 200.

Ici nous allons en parcourir 11 qui reviennent souvent et qui rythment notre quotidien.

Principe des biais cognitifs – Système 1 et 2

Tous ces biais cognitifs ont une influence sur notre façon de percevoir, d’agir et de prendre des décisions au quotidien.

Selon les travaux de Daniel Kahneman, spécialiste du cerveau, nous avons deux modes de pensées avec des niveaux diamétralement opposés.

Notre cerveau fonctionne selon deux modes de pensées.

S1 et S2 (Système 1 et système 2)

S1 c’est la pensée automatique incontrôlable, c’est fulgurant par association d’idées.

Surtout dans des situations d’incertitudes.

C’est le système 1 qui va déclencher les réflexes.

S2 c’est le système de l’analyse et de la réflexion.

Deux vitesses de la pensée.

S1 – Un mode de pensée rapide et automatique mais qui fait des erreurs

S2 – Un mode de pensée lent qui analyse avec logique et conscience.

S1, pensée sans effort avec automatisme, stéréotypé, inconscient.

S2, pensée avec effort et réflexion complexe.

Le système 1 est celui que l’on déclenche instantanément par réaction et qui fait appel à la mémoire à court terme.

Le système 2 est celui que l’on va utiliser à tête reposée avec du recul pour prendre le temps d’analyser les situations et événements avant de prendre une décision.

On va utiliser notre mémoire à long terme pour y puiser toutes les informations dont on a besoin pour les reconnecter les unes avec les autres.

1 – L’effet de halo

C’est une perception positive ou négative d’une personne en fonction de son apparence physique.

Exemple : Les présidents américains

Une étude a été menée sur la taille moyenne de tous les présidents américains. Il s’avère qu’elle est de 1,83m alors que la taille moyenne des américains est de 1,75m.

Le fait que les candidats aient des caractéristiques physiques avec des grandes tailles suppose qu’on va leurs attribuer des caractéristiques positives. On va considérer qu’ils sont costauds et donc fiables.

C’est inconscient mais les statistiques parlent d’elles-mêmes.

Exemple : Emploi

Aux USA les gens plus grands gagnent 300 dollars de plus par centimètre que les autres.

On va attribuer des caractéristiques à des gens que l’on ne connait pas en fonction de leurs traits physiques et apparence.

2 – Le biais d’ancrage

On a souvent du mal à faire évoluer une idée reçue sur une première impression.

On a des difficultés à faire évoluer son jugement sur un phénomène que l’on ne connait pas.

L’effet d’ancrage consiste à influencer le jugement par la suggestion orientée.

Exemple : Est-ce que le requin tue plus de 200 personnes par an ?

Dans cette question on suggère que le requin est l’animal qui tue le plus d’humain sur terre par an. Alors que c’est le moustique.

Dans l’inconscient collectif, l’attaque de requin est quelque chose de terrifiant et les gens associent cette perception à la réalité.

C’est comme la peur de l’avion. Beaucoup de personnes ont peur en avion. Cela vient du fait qu’un crash avion est toujours spectaculaire.

Alors que dans les faits cela reste le moyen de transport le plus fiable au monde.

L’effet d’ancrage consiste à donner une information que le cerveau de l’interlocuteur va utiliser comme référence.

Plus l’ancrage sera précis, plus il sera fort et puissant.

Exemple : Une expérience a été faite en présentant une maison à la vente avec deux prix. Et on a demandé aux gens de proposer leur prix pour cette maison.

Le premier prix affiché était à 800 000$

Les gens ont fait une proposition à 751 000$

Le deuxième prix affiché était à 799 800$

Les gens ont fait une proposition à 784 000$

Ainsi on constate que lorsque l’ancrage est avec une valeur précise il est beaucoup plus puissant qu’avec une valeur faible.

3 – Effet d’amorçage et biais implicite

Là aussi, l’effet d’amorçage consiste à faire associer un élément annoncé à la réponse.

Exemple : Si je vous dis, blanc, blanc, blanc et que je vous pose la question « Que boit la vache ? »

Vous allez répondre du lait.

Votre système 1 va vous faire associer la couleur blanche au lait que produit la vache. Pourquoi ?

Parce que ces deux mots sont enregistrés dans votre mémoire en faisant référence à la vache.

Alors qu’en réalité, la vache boit de l’eau. Vous avez répondu avec le système 1 de votre cerveau en donnant une réponse rapide.

Les éléments de contexte implicites vont avoir une influence sur nos éléments de réponse.

L’amorçage consiste à empêcher de raisonner correctement en influençant l’interlocuteur.

Il prend comme critère et repère les informations que vous lui transmettez et prend sa décision en fonction.

S’il utilise son système 2, il prendra du recul pour analyser ce que vous dites et aura plus de chances de déjouer l’amorçage.

4 – Biais des coûts irrécupérables

Lorsque l’on est confronté à un achat de produit avec un prix élevé et un prix plus bas en même temps et que l’on doit finalement en choisir un sans pouvoir annuler l’autre on gardera celui acheté plus cher.

Exemple : Vous faites une réservation d’hôtel à 60 euros et une à 150 euros. Vous vous apercevez que ces deux réservations ont lieu le même weekend et devez en annuler une.

Dans les expériences menées les gens ont gardé majoritairement celle à 150 euros même si le lieu de la réservation à 60 euros était finalement mieux.

Car notre cerveau considère qu’un produit cher sera meilleur. Ce qui influence notre décision.

Le raisonnement est que lorsque l’on fait une dépense élevée on souhaite la rentabiliser au mieux.

C’est la notion de perte potentielle qui rentre en jeux et non d’intérêt intrinsèque du produit.

5 – Biais de cadrage

Lorsqu’il y a des gains on fuit le risque même si le gain est faible.

Lorsqu’il y a des pertes on prend le risque même si le risque est élevé.

Exemple : Une étude a été menée avec le cas d’une maladie qui a touché 600 personnes.

Deux traitements ont été proposés.

1er traitement

Le traitement A permet de sauver 200 personnes.

2ème traitement

Le traitement B peut sauver une personne sur trois de sauver les 600 personnes mais avec deux chances sur trois de décéder.

Résultat

72% des gens choisissent le traitement A

Autre exemple : Toujours avec 600 personnes malades

1er traitement

Avec le traitement C quatre cents personnes vont mourir.

2ème traitement

Avec le traitement D il y a une chance sur trois pour que personne ne meurt et deux chances sur trois que tout le monde meurt.

Résultat

78% des gens ont choisi le traitement D

Tableau récapitulatif des 4 choix avec le pourcentage des réponses

Pour le premier exemple, la réponse A lorsqu’il y a des gains, c’est-à-dire la possibilité de sauver 200 personnes on fuit le risque même si le gain est faible.

Pour le deuxième exemple, la réponse D, lorsqu’il y a des pertes potentielles annoncées on prend le risque même s’il est élevé.

Gain annoncé = pas de prise de risque

Perte annoncée = prise de risque

6 -Biais d’évaluation des probabilités

Notre cerveau ne sait pas évaluer un risque faible, très faible ou fort ou très fort.

C’est ce qui déclenche les peurs basées plutôt sue les ressentis que sur la réalité.

Ce sont les émotions qui prennent le relai de notre cerveau.

7 – Biais de surestimation de soi

C’est considérer que le risque encouru ne concerne que les autres. On ne se sent pas concerné par le problème.

“Les accidents c’est pour les autres moi je ne risque rien car je suis toujours prudent”. Evidemment ce biais cognitif empêche de prendre en compte des facteurs externes que l’on ne maitrise pas.

8 – L’Ultracrépidarianisme

C’est donner son avis sur des sujets dont on n’a pas les compétences.

Beaucoup de gens ont eu accès à des informations sur un sujet et pensent ainsi en détenir les connaissances.

Or une information n’est pas une connaissance qui elle est reproductible et permet d’acquérir des compétences en la matière. Une compétence étant une connaissance que l’on a appliquée.

Exemple : Vous regarder le bulletin météo à la télé ce n’est pas pour ça que vous devenez météorologue.

La météorologie est un domaine qui comprend de nombreux phénomènes qui ont pour certains des explications très techniques et qui malgré tout restent souvent imprévisibles.

Cela implique des années d’études et de pratiques.

Effet Dunning-Kruger

Deux scientifiques (britannique et américain) ont étudié le phénomène de l’Ultracrépidarianisme.

C’est ce que l’on appelle l’effet Dunning-Kruger.

Ils ont fait une expérience en 1999 et ont publié leurs résultats.

Quel est le niveau de confiance en fonction du niveau de connaissance d’un sujet ?

Il apparait que dès qu’on a un peu de connaissances sur un sujet on a tendance à s’exprimer dessus avec une sur-confiance.

Et c’est l’approfondissement du sujet qui met en évidence la sur-confiance que l’on a en s’exprimant et donnant son avis.

On devient plus modeste et pondéré.

D’après leurs travaux cela s’explique par notre incapacité à se juger soi-même.

Ils ont créé une courbe qui résume bien ce phénomène.

Cela rejoint l’idée du processus d’apprentissage de l’incompétent au compétent.

1er niveau

On voit bien sur la courbe que lorsque l’on a quelques connaissances on atteint le niveau de confiance élevé qui en fait n’est autre que le sommet du « Mont Stupide ».

2ème niveau

En approfondissant le sujet on constate que l’on est loin de connaitre le sujet. C’est ce que Dunning et Kruger nomment la « vallée du désespoir ».

Notre niveau de confiance chute considérablement.

3ème niveau

C’est en continuant de travailler le sujet que l’on reprend confiance en soi avec plus d’humilité et de sagesse.

C’est la « pente de l’illumination ».

4ème niveau

C’est le plateau de durabilité sur lequel on retrouve un niveau de confiance moyen.

9 – Le biais de groupe

Si les autres le font c’est qu’il y a une bonne raison. Ce biais met en évidence les comportements individuels dès qu’une personne est au sein d’un groupe.

Une expérience a été faite pour voir la réaction des gens dans une situation particulière.

Test 1 – Une personne seule dans une pièce devait remplir un questionnaire (sans intérêt particulier). D’un coup de la fumée a été envoyée sous la porte.

Seulement 75% des personnes ont donné l’alerte.

Test 2 – On a demandé à quelques personnes de remplir le même questionnaire dans une pièce dont tous étaient complices sauf une.

D’un coup de la fumée a été envoyée sous la porte. Les personnes complices n’ont pas réagi et ont continué de remplir le questionnaire sans broncher.

Dans cette deuxième expérience sur les plusieurs groupes seulement 10% des gens ont donné l’alerte.

C’est ce que l’on appelle la dissolution de la responsabilité. Cela démontre qu’un individu préfère s’appuyer sur le groupe plutôt que de faire ses propres analyses et prendre ses propres décisions.

C’est ce que l’on appelle l’effet de groupe ou le biais de groupe.

10 – Le biais du survivant

On fonde nos observations sur une mauvaise population sans se rendre compte que notre échantillon cible n’est pas pertinent.

Il en résultera une analyse fausse et tronquée.

On ne prend pas en compte les bons critères d’analyse.

11 – Le biais de corrélation illusoire

Ce biais consiste à faire la relation entre deux données alors qu’il n’en n’est rien.

Ce n’est pas parce que deux phénomènes sont corrélés qu’il y a un lien de causalité.

Exemple : Il y a plus de suicides et de naissances les nuits de pleine lune. C’est scientifiquement faux.

Autre exemple. Une étude farfelue a mis en corrélation deux phénomènes que sont le taux de divorce dans le Maine au USA et la consommation de margarine.

On voit bien ici que les deux courbes sont quasiment parallèles mais qu’elles n’ont aucun lien de cause à effet.

C’est donc bien une corrélation trompeuse.

Autre exemple : L’illusion du mur de café

Dans la réalité ces lignes sont parfaitement alignées et pourtant notre cerveau les voit tordues.

Ce qui signifie que notre cerveau n’est pas capable de corriger un biais (une mauvaise perception).

Comment éviter les biais ?

On ne peut pas lutter contre les biais on peut juste les éviter.

Pour ce faire il y a quatre démarches à utiliser.

1 – Rechercher la contradiction

C’est essayer de voir pourquoi une idée ne pourrait pas fonctionner plutôt que de persister à s’y conformer.

2 – Avoir d’autres points de vue

C’est toujours intéressant de confronter ses idées à la vision qu’en ont les autres même s’ils se trompent.

Ça peut permettre de la faire évoluer et de la modifier avant de tomber dans son biais.

3 – Evaluer les incertitudes

Cela consiste à discuter des incertitudes qui pourront mettre en évidence qu’une perception n’est pas la bonne.

Le principe consiste à confronter les idées pour évaluer le pour et le contre.

4 – Analyser les critères

L’idée est d’analyser tous les critères qui nous poussent à prendre telle ou telle décision.

En résumé

Les biais cognitifs sont des perceptions que l’on ne maitrise pas malgré nous puisque c’est notre cerveau qui les influence sans pour autant les corriger.

En sachant que les biais cognitifs ont un impact sur nos décisions la meilleure attitude est celle du doute car personne n’a la science infuse et tous les concepts sont évolutifs.

Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera peut-être pas demain.

Le fait de mettre en doute nos biais cognitifs ne remet pas en cause notre confiance en soi dans certains domaines que l’on maitrise.

Si l’on a des compétences dans une activité il est naturel d’être confiant et de se sentir à l’aise avec ça.

D’ailleurs en revenant sur le graphique de Dunning et Kruger on constate bien que le niveau de confiance remonte avec de meilleures connaissances sur un sujet donné.

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Je suis Luc Levasseur et depuis 20 ans j'ai moi même appris et appliqué ces techniques dans le monde de l'entreprise. Avec les années, j'ai constaté qu'elles avaient contribué à mon propre développement personnel. Au début, je l'ai fait pour des raisons liées à mon travail mais avec l'expérience et la pratique je me suis aperçu que je les appliquais de manière naturelle même dans ma vie personnelle. Avec ces méthodes j'ai développé mon estime de soi, ma confiance en soi et j'ai appris à m'affirmer sereinement.

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