L’Effet Dunning Kruger – Je ne sais rien mais ne le sais pas

L’effet Dunning-Kruger est un biais cognitif par lequel les moins qualifiés (incompétents) dans un domaine particulier surestiment leur niveau de connaissance et de maitrise.

Il a été conceptualisé en 1999 par des expériences menées par les deux psychologues qui ont donné leur nom au concept.

Cet effet est aussi appelé l’effet de sur confiance.

Par ailleurs ce biais cognitif les empêche de reconnaitre leur incompétence.

Pour être plus précis c’est donc ce que l’on appelle le biais de confirmation.

C’est-à-dire un sophisme (rien à voir avec les personnes qui s’appellent Sophie 😊) qui est un argument ou un raisonnement faux qui en apparence laisse penser qu’il est vrai.

Origine

1995, un dénommé Mac Arthur Willer braque deux banques aux Etats-Unis.

Il ne porte pas de masque et est vite reconnu et arrêté par la police. Quand ces derniers lui ont demandé pourquoi il ne portait pas de masque.

Il a répondu qu’il avait mis du jus de citron sur son visage et qu’après s’être pris en photo avec un polaroid, il n’apparaissait pas sur la photo.

Pourquoi le jus de citron ?

Car il peut être utilisé comme encre invisible et masquer ainsi un texte écrit sur une feuille.

Il était persuadé qu’en se badigeonnant le visage de jus de citron il serait lui aussi invisible.

Dunning et Kruger décidèrent de se pencher sur ce cas pour essayer de comprendre comment des individus pouvaient être persuadés de maitriser un sujet alors qu’ils n’y connaissaient rien.

Biais cognitif

Un biais cognitif est une distorsion dans le traitement cognitif d’une information.

L’interprétation qui va être faite d’une information ne correspondra pas à ce qu’elle est supposée délivrer.

La notion de biais signifie que c’est une perception fausse de la réalité en dehors de toute logique et rationalité.

L’identification des biais cognitifs est issue de nombreux travaux en psychologie cognitive, en psychologie sociale et dans les sciences cognitives.

Biais de confirmation

Le biais de confirmation, aussi appelé le biais de confirmation d’hypothèse, consiste à interpréter des informations confortant ses idées et perceptions des choses.

Il nous renvoie au système 1 de notre cerveau et à notre cadre de référence qui a construit nos valeurs et notre vision du monde.

C’est ce qui nous pousse à rester camper sur nos positions.

Notre perception est influencée par les informations mémorisées de manière sélective sur un sujet donné.

C’est ce qui détermine notre interprétation concernant les valeurs, les opinions ou les croyances que l’on a développé tout au long de notre vie.

Exemple :

Pour débattre sur un sujet une personne cherchera à trouver des sources d’informations qui confortent sa vision et son point de vue sur le sujet.

Elle créera également un lien de corrélation et de causalité entre les différentes informations pour appuyer ses propos même s’ils n’en n’ont scientifiquement pas.

Ainsi, les biais de confirmation participent à l’excès de confiance dans les croyances personnelles.

Dans certains cas ils peuvent maintenir ou consolider les croyances face à des preuves opposées.

La conséquence est qu’ils peuvent induire en erreur et entrainer des décisions dramatiques surtout lorsque les enjeux sont majeurs.

L’effet Dunning Kruger

C’est donc cette tendance que va avoir un individu à se sentir au-dessus de la moyenne en croyant maitriser un sujet mieux que les autres.

Moins la personne connait un sujet et plus elle a l’impression d’en savoir.

En clair, une personne victime de l’effet de Dunning Kruger ne le sait pas et pense être doué dans un domaine mais ne l’est pas du tout.

Et pire, elle ne reconnait pas les compétences d’une personne plus qualifiée qu’elle.

 

Les expériences

Ils ont proposé à des participants d’estimer leur niveau de compétences dans les domaines de la grammaire, de l’humour et du raisonnement logique.

Ils leur ont fait passer des tests pour évaluer leurs niveaux de compétences.

Les résultats

En analysant les résultats, Dunning et Kruger ont constaté que les participants qui pensaient être les meilleurs avaient en réalité les résultats les plus mauvais.

C’est ainsi que depuis cette expérience on appelle ce phénomène « l’effet Dunning Kruger » que l’on nomme également « l’illusion de supériorité ».

D’où vient cette fausse perception ?

En réalité cette personne n’a eu accès qu’à une information partielle du sujet et ne connait pas l’ampleur du savoir qu’il faut posséder pour en comprendre tous les aspects.

Elle confond informations et connaissances.

Elle a effectivement eu accès à certaines informations mais n’est pas en capacité de les expliquer scientifiquement car elle n’en n’a pas les connaissances véritables qui permettent d’avoir les compétences dans ce domaine.

Cette personne ne voit que la partie émergée de l’iceberg et ne voit pas la partie immergée qui est beaucoup plus importante.

Or, c’est cette deuxième partie qui permet d’avoir les tenants et les aboutissants d’un sujet précis.

Et la connaissance demande du temps et beaucoup de travail.

Mais les personnes frappées de l’effet Dunning Kruger ne le savent pas puisqu’elles sont ignorantes sans le savoir.

Incapacité à l’auto-évaluation

L’autre critère qui caractérise la victime de cet effet est qu’elle est incapable de s’autoévaluer et donc de constater qu’elle est incompétente en la matière.

D’où son niveau de confiance élevé.

Le graphique

A la suite de leurs études les deux psychologues ont réalisé un graphique.

En ordonnée (verticalement) on a le niveau de confiance

En abscisse (horizontalement) on a la compétence

Après leurs expériences ils ont constaté que les gens qui pensaient maitriser un sujet au départ ont un niveau de confiance très élevé.

Sur le graphique c’est la première courbe qui symbolise le sommet de la stupidité.

1ère étape

Les gens croient savoir mais en réalité ne savent rien.

2ème étape

Puis la deuxième étape met en évidence ce que Dunning et Kruger ont appelé la vallée de l’humilité.

A ce stade, les gens ont constaté qu’ils ne connaissaient rien au sujet dès qu’il a fallu être plus précis et surtout expliquer.

A ce niveau leur confiance chute considérablement.

3ème étape

En améliorant réellement leurs connaissances sur un sujet les gens atteignent enfon ce que les deux psychologues appellent le plateau de consolidation.

A ce stade ils ont acquis une certaine maitrise du sujet.

Alors pourquoi les experts se sous estiment ?

Si les experts ont souvent tendance à se sous-estimer c’est justement parce qu’ils savent, eux, qu’ils ont encore plein de choses à apprendre et que la science est évolutive comme les connaissances qui l’accompagnent.

Un expert sait qu’au moment où une théorie est élaborée elle peut être mise à jour où remplacée par une autre dans le temps.

C’est pour cette raison qu’il fait preuve d’humilité et envisage par le doute de se remettre en question.

Paradoxalement, cette attitude laisse croire à un manque de confiance en soi alors qu’il n’en n’est rien.

Il est important de prendre conscience que les experts sont aussi soumis à des variables (facteurs externes) sur lesquelles ils n’ont pas forcément la main.

Contrairement à l’incompétent eux le savent puisqu’ils y sont confrontés au quotidien.

 

La personne incompétente

Les experts perturbent les incompétents qui ont besoin d’être rassurés plus sur le plan émotionnel que logique.

L’incertitude crée un sentiment d’insécurité qui va encore plus solliciter leurs biais cognitifs.

Leur besoin de réponse pour être rassuré va accentuer leur biais de confirmation.

L’incompétent va se mettre à faire des recherches et à surestimer son niveau de compétence.

Il ira même à remettre en cause les compétences de ceux qui les possèdent véritablement

Il ne parvient pas à se rendre compte de son degré d’incompétence

Comme le décrit le graphique, l’incompétent devra passer par les trois étapes pour prendre conscience de son niveau de connaissance et du niveau de confiance auquel il peut prétendre.

Entre parenthèse, l’incompétent est souvent moins exigeant avec lui-même qu’avec les autres.

La personnalité narcissique

Elle a une surestimation de ses capacités et de supériorité. Elle en vient à avoir une sous-estimation et de valeur de réalisation des autres.

Lorsqu’il ne comprend pas un sujet, le narcissique va s’autoproclamer détenteur du savoir et se mettre en lumière pour masquer son incompétence.

Quand le biais de groupe renforce l’effet Dunning Kruger

Des études ont démontré que face à un risque le groupe a tendance à moins agir ou à l’inverse à prendre des décisions plus risquées.

Le sentiment protecteur que représente le groupe laisse penser à un individu qu’il risque moins qu’individuellement.

C’est ce que l’on appelle « la dissolution de la responsabilité ».

Alors que paradoxalement l’appartenance à un groupe peut renforcer le sentiment d’invincibilité et de supériorité morale.

La raison est simple, chaque individu cherche à éviter l’exclusion et pour ça il sera prêt à se conformer à l’inertie ou la prise de risque du groupe.

Cette inertie ou risque peuvent être intellectuels ou physiques.

Dans chaque groupe il y a des meneurs, c’est naturel.

Si les meneurs sont frappés par l’effet Dunning Kruger, le soutien inconditionnel du groupe ne fera que renforcer le biais de confirmation.

C’est normal puisque la communauté se retrouve autour des mêmes valeurs qui les rassemblent.

De cette manière l’effet de sûr confiance sur un sujet sera renforcé par l’adhésion globale des individus.

Les meneurs penseront ainsi avoir des arguments d’autorité.

Citations

L’ignorance engendre plus souvent la confiance que ne le fait la connaissance

Charles Darwin

L’ignorant affirme

Le savant doute

Le sage réfléchit

Aristote

Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien tandis que les autres croient savoir ce qu’ils ne savent pas

Socrate

Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.

Michel Audiard

 

En résumé

L’effet Dunning Kruger est un vrai casse-tête pour les experts face aux victimes de leurs biais cognitifs.

En sachant qu’on est tous confronté à ces biais et qu’il est très difficile de dire à quelqu’un que l’on ne sait pas comment ça va se passer même si on est expert.

L’individu qui n’a pas de connaissances attend des réponses et perçoit souvent des sujets complexes ou pas comme un self-service dans lequel il y aurait une réponse à chaque question.

Or, les choses sont beaucoup plus nuancées dans la réalité. Accepter qu’il y ait des inconnues sur certaines problématiques implique un certain lâcher prise, une humilité et de la patience.

 

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Je suis Luc Levasseur et depuis 20 ans j'ai moi même appris et appliqué ces techniques dans le monde de l'entreprise. Avec les années, j'ai constaté qu'elles avaient contribué à mon propre développement personnel. Au début, je l'ai fait pour des raisons liées à mon travail mais avec l'expérience et la pratique je me suis aperçu que je les appliquais de manière naturelle même dans ma vie personnelle. Avec ces méthodes j'ai développé mon estime de soi, ma confiance en soi et j'ai appris à m'affirmer sereinement.

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